
à l'église de Beckerich
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Toutes les qualités d'une jeune virtuose Ana Vidovic, cette très charmante et charismatique jeune guitariste croate, lauréate des plus renommés concours internationaux de guitare, est une des artistes les plus prometteuses de la jeune génération de guitaristes. A l'âge de 23 ans seulement, elle a déjà enregistré cinq CD, dont le dernier est apparu chez Naxos. Après une longue tournée aux Etats-Unis où sa réputation ne cesse de croître, sur invitation de Cithara, société luxembourgeoise de guitare classique, Ana Vidovic est revenue sur le vieux continent pour imposer sa place bien méritée parmi les meilleurs guitaristes du monde.
Dès les notes initiales de l' " Adagio " de la première sonate pour violon en sol mineur de J.S. Bach, Ana Vidovic nous a séduit par une sonorité voluptueuse soutenue par l'acoustique de la petite église paroissiale de Beckerich, qui se prête si merveilleusement au timbre de la guitare. Après ce moment d'une intimité intense, l'artiste attaqua la " Fugue " avec une verve énorme. Malgré le tempo rapide, l'interprétation ne manqua jamais de précision et de transparence. Bien que sa guitare se soit désaccordée de manière importante, elle continua avec la " Siciliana " et conclut la sonate avec un " Presto " digne de son nom. Même dans ce morceau d'une virtuosité à couper le souffle, Ana Vidovic réussit toujours à bien nuancer en alternant le jeu apoyando et tirando. Le programme se poursuivit par la " Sonata classica " de Manuel Ponce. Cette sonate en quatre mouvements dans le style du guitariste-compositeur espagnol Fernando Sor, à qui elle rend d'ailleurs hommage, porte cependant l'écriture typique de son compositeur mexicain. La guitariste nous fit écouter une interprétation magnifique, avec un jeu aux mille facettes sonores sans pourtant jamais se servir des sonorités extrêmes comme le " ponticello " ou le " sul tasto ". Malheureusement le seul morceau contemporain figurant sur le programme, " Elogio de la danza " de Léo Brouwer fut remplacé par " Una limosnita por amor de dios " du compositeur paraguayen Agostín Barrios. L'ambiance lourde et douloureuse de ce morceau mélancolique écrit peu avant la mort de ce dernier, fut merveilleusement soutenue par une sensibilité impressionnante. Petite curiosité pour les guitaristes : le tremolo bien nuancé fut joué avec le doigté " pimi ".
Après l'entracte Ana Vidovic entama la " Sonatina " de Federico Moreno Torroba. Il nous parut incompréhensible et étrange qu'une artiste d'un niveau technique et musical si exceptionnel continuât à jouer le programme sur un instrument désaccordé. Pourtant la jeune interprète parvint à nous enchanter avec les sonorités espagnoles de cette belle sonatine. La musique de Niccolo Paganini est très souvent associée à une virtuosité pure ainsi que des capacités techniques menées à l'extrême. Entre les mains d'Ana Vidovic la " Grande sonate " fut bien plus qu'une démonstration des limites de la technique " guitaristique ". Après un impressionnant " Allegro risoluto ", l'interprétation très romantique de la " Romance " nous surprit par le fait que le thème ne fut pas joué en tierces et sixtes comme on le trouve dans la plupart des arrangements pour guitare seule. Ainsi la mélodie gagna en profondeur et l'effet " kitsch " a pu être évité. La mélodie fut malheureusement partiellement écrasée par des basses Alberti trop dominantes dans la deuxième partie en do majeur. Dans les variations de l' " Andantino variato ", Ana Vidovic ne laissa plus aucun doute que sa capacité technique et sa sensibilité musicale exceptionnelles vont lui permettre de se positionner parmi les plus grands guitaristes-interprètes. Même dans les variations aux tempi hallucinants, son jeu ne perdit jamais de transparence, la sonorité resta toujours bien nuancée. Le concert se termina par un morceau extrait de la Suite española N°5 d' IsaacAlbeníz, "Asturias". L'interprétation à la guitare plutôt qu'au piano, qui est pourtant l'instrument original de cette composition, souligna à merveille son caractère espagnol. Le thème, attaqué avec vélocité, alternait avec un jeu lyrique dans l'andante très calme et poétique. Après de longs applaudissements enthousiastes, Ana Vidovic remercia l'audience de deux bis : " Cavatina " de Stanley Meyers dans la version pour guitare seule de John Williams et " El vito ", thème populaire catalan aux sonorités flamenco dans une adaptation de José de Azpiazu. A aucun moment on avait
l'impression que la jeune interprète voulut imposer un style trop
personnel, sa technique énorme et l'interprétation étant toujours au
service de la musique. Toutefois, pendant tout le concert l'influence de
son maître actuel, Manuel Barrueco (quel bon choix !), était
omniprésente et ceci même dans le choix de son bel instrument du
luthier américain Robert Ruck.(jjw)
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